Musée de la Photographie Charles Nègre

Organisateur

Musée de la Photographie Charles Nègre
Téléphone
+33(0)4 97 13 42 20
Site Web
http://museephotographie.nice.fr/

Lieu

Musée de la Photographie Charles Nègre
1 Place Pierre Gautier, 06300 Nice
Catégorie

Date

14 Juin 2019 - 29 Sep 2019

Heure

10h-18h à partir du 23 juin
11 h 00 min - 18 h 00 min

Expo : Alain Fleischer, l’image qui revient

Commissariat d’Alain Sayag et Marie-France Bouhours, directrice du Musée de la Photographie Charles Nègre.


L’apparition du monstre, ventilateur, 2016 © Alain Fleischer

Artiste, écrivain, cinéaste, photographe la production d’Alain Fleischer est aussi protéiforme que féconde : plus de cinquante livres, 350 films mais aussi un corpus d’installations et de photographies qui peuvent donner le vertige. Pourtant ce qu’il traque au travers de cette surabondance d’œuvres et qu’il explore systématiquement c’est un sujet unique : « De quoi sont faites les images, quelle est leur nature ? » se demande Alain Fleischer. Au cœur de cette interrogation cette manifestation pose une question très précise : qu’est-ce qui distingue une image arrêtée que l’on met en mouvement d’une image animée brusquement figée ? C’est sur le fil tendu de cette réflexion que cette exposition se développe, empruntant aussi bien des images au corpus ancien qu’en montrant des œuvres et des installations inédites.
Rien n’est évident dans son travail.


Happy days with Rops, 1986 © Alain Fleischer


Happy days with Velasquez, 1986 © Alain Fleischer

Les photographies de la série Happy days (1986) ne sont pas de simples clichés mais des sortes d’anamorphoses temporelles : un petit motard à ressort traîne sur le sol un miroir dans lequel apparait la trace, plus ou moins filée, d’une image ; un jouet mécanique « un petit clown » en tôle peinte, apparait traînant derrière lui le reflet d’un autre objet, une boite où sont épinglés des papillons naturalisés. Ce n’est ni un collage ni une surimpression mais une durée véritable qui s’inscrit dans l’image. Pour la réaliser, il a fallu que le miroir soit traîné d’un point à un autre pendant un certain temps et suivant un parcours minutieusement repéré dans un mouvement subtilement maîtrisé.


Je ne suis qu’une image, Plume, 2017 © Alain Fleischer


Je ne suis qu’une image, Akari, 2017 © Alain Fleischer


Je ne suis qu’une image, Les angles morts, 2017 © Alain Fleischer

Je ne suis qu’une image, série en cours qu’il place dans des caissons lumineux, se veut, en quelque sorte un hommage aux Studios de la Victorine qui connurent leur plus grande activité après la naissance du cinéma parlant. « La bande son d’un film qui court le long des images à toutes les caractéristiques dit-il, d’une photographie : contraste, netteté, définition, grain ». Il a donc transféré le profil de l’enregistrement optique d’une courte phrase « Je ne suis qu’une image » sur les supports les plus divers : lame d’une dague, arête de poisson, coquille d’huître, plume de paon, dont le dessin reproduit si exactement le profil de l’enregistrement que celui-ci peut être à nouveau lu par l’appareil de projection.
C’est ce même souci de traquer ce que l’image photographique et l’image cinématographique peuvent avoir de singulier, qui quand même les rapprochent, que l’on retrouve dans les installations d’Alain Fleischer.


Autant en emporte le vent, 1979 © Alain Fleischer

Une de ses premières installations Autant en emporte le vent (1979) est le résultat, à priori improbable de la nature technique même du cinéma. Les 24 images par seconde d’un film sont projetées sur les pales en mouvement d’un ventilateur, que celui-ci s’arrête et l’image disparaît.


L’homme dans les draps, 1989-2000 © Alain Fleischer

Avec Mer de Chine, c’est la surface ondoyante d’un bassin qui transforme la banale silhouette d’un poisson rouge en monstre marin. Dans L’empire des lumières (1989), le ciel crépusculaire d’un tableau de Magritte est animé d’imperceptibles mouvements. Et dans L’homme dans les draps (1989-2000), les traces laissées par un dormeur créent des images incertaines qui se figent tout à coup ; faisant apparaître, reconstitué en ombre chinoise un profil, celui du dormeur ?
Ce mouvement des images cinématographiques il le résume aussi dans ses Écrans sensibles, véritables palimpsestes cinématographiques où toutes les images d’un court métrage se fondent, à l’issue de la projection sur un mur préparé, en un seul et unique tableau.


Cinecittà 6 © Alain Fleischer

Une dernière série, inédite, Tout un film, une seule image, clôture le parcours de l’exposition. Ce sont des photogrammes de films puisés dans le prodigieux réservoir des « images à faire » qu’Alain Fleischer entassent dans ses archives qui continuent à développer sous de nouveaux angles le thème de l’exposition proposant des œuvres qui « séduisent, émeuvent, amusent ».

Mais Alain Fleischer se méfie « de la séduction trop facile », il faut, dit-il, « qu’une œuvre résiste à l’usure du regard ». Cette résistance peut tenir à un secret, à un mystère, à une heure, à une incertitude, à ce qui reste invisible derrière le visible. D’une façon ou d’une autre, c’est là que se situe son travail d’artiste.
Alain Fleischer n’a de cesse d’inventer pour nous divertir au sens le plus noble du terme, des images ou des dispositifs aussi compliqués que ludiques, qui ont pour objet de faire éclater l’illusion photographique. Avec des instruments particuliers, mêlant optique et produits chimiques, il va toujours à l’essentiel, qu’est-ce qu’une image ?